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Les mangas, c'est pour les idiots et les branleurs

Selon les récentes observations de personnes assez éclairées, et même d'autres personnes peut-être un peu plus assombries, la réputation de la japoniaiserie dans notre beau pays de la culture, de la révolution et du fromage qui pue serait en hausse. Hier, c'était encore être un branleur un peu renfermé sur lui-même qui finira certainement par devenir pédophile à force de lire des hentaï. Aujourd'hui, si les mangas ne vous empêcheront toujours de passer pour un branleur ils vous permettront par contre d'être très in et de pouvoir faire des discours moralisateurs hypocrites sur l'ouverture d'esprit et la culture mondiale qui, elle, ne sent pas la semelle moite. Ce compromis étrange est surement née de l'action conjuguée de ses détracteurs habituels, qui concèdent Jirô Tanaguchi ou Tetsuya Toyoda pour dire que le manga, c'était peut-être pas que de la merde, et d'une partie de ses fan, qui, eux, se sont rendus compte que le manga c'était surtout de la merde.
Alors quoi, tout va bien ? C'est la paix, la victoire ? Mais non surtout pas, tout va mal : maintenant que les représentants du mal absolu ne sont plus là, il n'y a plus personne sur qui taper ? Le manga deviendrait-il presque légitime en France ? Aucune chance, il ne peut que s'agir d'une attaque détournée visant à détruire les communautés de l'intérieur. C'est vrai après tout, maintenant qu'ils ne sont plus occupées à incendier les journalistes pour leurs documentaires biaisés, les fan de mangas se livrent à des guerres fratricides à coups de loli en sous-vêtements et de boîtes de conserve spatiales. Mais de toute évidence, c'est une approche bien trop sophistiquée pour qu'elle puisse affecter un idiot de mon envergure, je vais donc couper à la l'essentiel : on reproche au manga d'être stupide et violent. A ça, je n'ai qu'une seule chose à répondre :



 
 
Pour essayer d'être un peu plus sérieux, le vice de ce discours est typiquement qu'il n'est pas faux. Le problème est qu'il n'est pas non plus tout à fait juste, mais en occultant la majeur partie du problème, on ne s'en rend pas compte tout de suite. Vouloir répondre à cette affirmation en disant que non, le manga n'est ni violent ni stupide, voire pire, qu'il n'est pas seulement violents et stupides, est une perte de temps. Ce raisonnement vient souvent à pousser les discours près des côtes de Seinen et/ou de Taniguchi, que j'avais vu je-ne-sais-plus-où qualifié de "manga préféré de ceux qui n'aiment pas le manga". Bien sûr, ce ne sont pas mauvaises références mais, dans l'histoire du manga, ce sont des œuvres liées implicitement à ce qu'on a appelé gekiga justement part opposition au manga. Les terme "man" et "geki" sont plus ou moins opposés d'un point de vue du sens, man traduit une notion de légèreté où geki, au contraire, est traduit par drame). On en revient au point de départ : pour soutenir ce qu'on appelle le manga on tombe sur son exact contraire. Il y aurait certainement des tas de choses à dire sur le gekiga et son échec face au reste de l'industrie de la bande-dessinée japonaise, mais rien qui invaliderait réellement le fait que le manga soit de la bande-dessinée bête et méchante pour adolescents qui aiment s'abrutir.


C'est là qu'intervient quelque chose d'extrêmement paradoxale : une grande partie des lecteurs rejettent un système de valeur au nom de ce même système de valeur, en essayant de définir un manga "noble", le "bon manga", la "perle rare" au milieu de pleins de trucs nuls, les bancs du merdismes versions manga étant généralement les shonen de baston un peu trop classique et tout ce qui touche au fan service. Bref, les trucs que tout le monde aime s'en vouloir l'avouer. A la place, on prône la psychologique, la philosophie, la critique social ou je ne sais quelle autre formule qui a le bon air sans avoir la bonne chanson. Mais en quoi est-ce que tout ça permettra de donner une valeur au manga ? Au contraire, on vient le placer juste en face de son ennemi implicite dans ce pseudo-débat : la littérature. Et là, la bataille est perdue d'avance. Absolument jamais, en aucune circonstance, la bande-dessinée, quel que soit son origine, ne peut surpasser la littérature sur son propre terrain. Mais pas parce que l'un est noble et pas l'autre, mais parce que les deux supports ne sont pas compatibles. L'idée même de message caché (une notion qu'on croise assez souvent chez les critiques amateurs, l'idée qu'une bande-dessinée aurait un sens caché précis et concret qui vienrait nous apprendre quelque chose) est justement typique de l'écriture, puisqu'elle polysémique. Le mot à plusieurs sens, l'image n'en a qu'un seul. Le meilleur moyen de s'en rendre compte et de se dire qu'un mot s'écrivant toujours de la même manière peut avoir plus sens. Dans la bande-dessinée et l'animation, l'image passe avant le texte. De cette manière, la bande-dessinée est un medium voué à resté considéré comme de la sous-littérature. Le moyen de contourner ça est simple : la bande-dessinée n'est pas de la littérature et, effectivement, le manga est violent et stupide.





Ou pour dire ça de manière moins connotée : le manga touche le ressenti et pas la compréhension. C'est de là que vient la véritable force de la bande-dessinée, et c'est également de là que beaucoup d'auteurs japonais tirent leur succès. Si vous voulez réfléchir sur la vie, des tas de textes incroyablement bien écris existent et pour peu qu'on s'y intéresse un peu, ils sont bien plus passionnant qu'ils en ont en l'air. Mais ce n'est pas le rôle d'une bande-dessinée, elle n'est faite pour ça et est même difficilement pensable dans cette optique, exactement de la même manière qui si je voulais dessiner ce billet, tout la talent du monde ne suffirait pas à exprimer aussi bien ce que j'essaie maladroitement d'expliquer en ce moment. Mais bon, je pourrais y gagner au change, puisqu'à la place, ce serait peut-être moins chiant. C'est ça qu'il a défendre dans le manga, dans sa capacité à parler directement au ressenti sans passer par se véritable hachoir électrique qu'est la pensée actuelle (où tout le monde est à la fois incroyablement intelligent et stupide à la fois, ça en est presque effrayant). Et la violence n'est plus juste présente, elle est un rouage d'un mécanisme bien mieux huilé qu'il en a l'air. La pensée occidentale (et c'est certainement pas la seule, mais les autres, je dois avouer que je les connais moins et comme on tend à la mondialisation de nos jours, ça n'a même plus tant d'importance) est basés sur le conflit, sur l'opposition. Deux type qui se mettent sur la tronche avec des sabres géants, des machines de guerre anthropomorphes, des supers pouvoir ou des bananes (oui, des bananes) qu'est-ce que c'est si ce n'est pas un conflit ? Tout y est exagéré, grossi et agrandi de manière à le rendre plus frappant, voire plus touchant.

Le manga n'est donc pas intelligent et la violence est un de ses composants. Il ne s'agit pas là d'un défaut, mais d'un système de valeur différent et si jamais on me demandait mon avis, je trouve un Medaka Box ou un Fairy Tail plus sains qu'un Criminal Minds ou un Law & Order qui se donne des airs moralisateurs et prétentieux au nom d'un sorte de maturité "réaliste", dans la plus vicieuse des déformations de ce terme. A l'inverse, le manga serait dominé par des thématiques adolescentes, par la question du passage à l'âge adulte, par l'omniprésence de l'apprentissage par l'échec, un message qui majoritairement optimiste prônant l'accomplissement de soit dans l'adversité et la confrontation entre les rêves et la réalité. Si on partait du principe que l'écriture est tissage (les mots textes et tissu ont la même racine) la bande-dessinée, et certainement l'animation, sont des mises en boite et auraient par rapport à la littérature l'effet d'un bon coup de point dans les gencives. Au final, la bande-dessinée quelque chose d'impressionniste, là où un texte serait expressif. C'est d'ailleurs amusant de voir que le mouvement impressionniste était lui-même par un certain japonisme dont la Manga d'Hokusai fait partie.

Je suis à peu près sûr de ne pas avoir tout couvert et comme à chaque fois dans ce genres de monologue. J'ai dû oublié des choses et manquer de clarté sur certains points. Comme je suis le genre de personne qui a tendance à ne pas savoir développer un propos seul, je vous invite à faire de remarque de toute sorte sur ce billet, ça permettra surement d'approfondir ce qui ne l'a pas été et d'ajouter les détails qui manquent.

En espérant que ce soit un minimum intéressant quand même.

PS : J'en ai profité pour refaire la déco', parce que cette interface sera plus pratique et plus lisible que la précédente. Et plus cool, aussi...

Concours Sama Awards
Tags: inepties, manga
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